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    Immeuble Yacoubian (l')

    El Aswany, Alaa

    Éditions Actes Sud - Collection Babel

    ISBN 9782742769346

    8,50 €  Ajouter au panier

    « Connaissez-vous Alaa El Aswany ? C'est un véritable phénomène, avec cent mille exemplaires de L'Immeuble Yacoubian vendus en quelques mois et un film avec une grande mobilisation de moyens et d'acteurs célèbres. Très vite, poussé par la rumeur, le livre s'est répandu dans le monde arabe, a été traduit en anglais, et le voici aujourd'hui en français.
    L'auteur est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, de la même veine que Naguib Mahfouz. Il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège. Il ne juge pas, mais préfère nous montrer les espoirs puis la révolte de Taha, le jeune islamiste qui rêvait de devenir policier ; l'amertume et le mal de vivre de Hatem, homosexuel dans une société qui lui permet de jouir mais lui interdit le respect de l'amour ; il nous fait partager la nostalgie d'un passé révolu du vieil aristocrate Zaki ; l'affairisme louche mêlé de bigoterie et de lubricité d'Azzam ; la dérive de la belle et pauvre Boussaïna, tout cela à l'ombre inquiétante du Grand Homme, de ses polices et de ses sbires de haut vol comme l'apparatchik El-Fawli, et à celle non moins inquiétante d'un islam de combat, qui semble être la seule issue pour une jeunesse à qui l'on n'a laissé aucun autre espoir.
    Alaa El Aswany ne cherche pas le scandale. Il nous dit simplement que le roi est nu. Il nous montre ce que chacun peut voir autour de lui mais que seule la littérature rend vraiment visible. Nous comprenons un peu mieux comment va l'Egypte, certes, mais aussi comment va le monde et – peut-être également – pourquoi explosent les bombes. »

    Extrait

    « C’est dimanche. Rue Soliman-Pacha, les boutiques ont fermé leurs portes, et les bars et les cinémas se remplissent de leurs habitués. La rue sombre et vide, avec ses boutiques closes et ses vieux immeubles de style européen, semble sortir d’un film occidental triste et romantique. Depuis le début de cette journée de congé, le vieux concierge, Chazli, a transporté son siège de l’entrée de l’ascenseur à celle de l’immeuble, sur le trottoir, pour contrôler ceux qui y entrent et ceux qui en sortent.
    Zaki Dessouki est arrivé à son bureau un peu avant midi et son domestique Abaskharoun a tout de suite compris la situation. Depuis vingt ans qu’il travaille avec Zaki bey, Abaskharoun sait, d’un simple coup d’œil, l’état dans lequel il se trouve. Il sait ce que cela veut dire lorsque son maître vient au bureau excessivement élégant, précédé par l’odeur d’un parfum luxueux qu’il réserve aux grandes occasions, il sait ce que cela veut dire lorsqu’il est crispé, tendu, qu’il se lève, s’assoit, marche nerveusement, incapable de trouver une position satisfaisante, couvrant son impatience de brusquerie et de dureté : tout cela signifie que le bey attend sa première rencontre avec une nouvelle maîtresse. Aussi Abaskharoun ne se formalise-t-il pas lorsque le bey s’en prend à lui brutalement et sans raison. Il secoue la tête avec compréhension et finit rapidement de balayer la pièce puis, à grands coups de béquille sur le carrelage du long couloir, il arrive dans la salle où le bey est assis et lui dit d’une voix qu’une longue expérience a appris à rendre complètement neutre :
    — Monsieur a une réunion ? Monsieur souhaite que je prépare le nécessaire ?
    Le bey se met alors à l’observer, le regarde avec attention, comme s’il réfléchissait au ton qu’il allait employer pour lui répondre, il regarde sa galabieh de coton bon marché à rayures, toute déchirée, ses béquilles, l’emplacement de sa jambe coupée et son visage de vieillard, avec sa barbe blanche mal rasée, ses yeux étroits et rusés et ce sourire implorant et épouvanté qui ne le quitte jamais :
    — Prépare en vitesse le nécessaire pour la réunion, répond alors brièvement le bey tout en sortant sur le balcon. Dans leur langage commun, « réunion » veut dire que le bey va s’isoler dans son bureau avec une femme. »

    Du même auteur : El Aswany, Alaa

    ¤ J'aurais voulu être égyptien (Actes Sud - Romans, nouvelles, récits)

    19,50 €

    Librairie Le Liseur - 4 place du Maréchal Leclerc - 02400 Château-Thierry - Tél. : +33 (0)3 23 83 77 77