
En lisant Tourgueniev
Trevor, William
Éditions Phébus - Collection Libretto
ISBN 9782859405519
8,90 € 
« Le sujet invisible de ce roman pourrait bien être le paradoxe irlandais : il se peut en effet que la vertu première des hommes tranquilles de la verte Erin soit, précisément, l’intranquillité. Comment expliquer la douloureuse coexistence, sur cette terre fertile comme aucune autre en fous et en poètes, d’un imaginaire épris de toutes les fièvres, de toutes les audaces, de tous les délires, et d’une pesanteur sociale appelée à freiner tous les élans ? Ainsi allons-nous suivre, au fil de brefs chapitres alternés, le destin de la pâle et touchante Marie-Louise qui finit ses jours dans une clinique psychiatrique, tandis que nous reviennent par bouffées les souvenirs d’un passé qui refuse de se laisser oublier. Jeune fille de la campagne, elle épouse un médiocre et subit jour après jour le sadisme sournois de son entourage bien-pensant. Elle ne se révolte pas, et cultive dans la solitude de son cœur meurtri la mémoire d’un amour manqué : celui qu’elle voua dès l’enfance à un sien cousin qui l’initia à la beauté des choses… en lisant Tourgueniev. Qu’on ne se méprenne pourtant pas : aucun « bovarysme » dans ce recours aux chimères. Car Trevor, loin de condamner l’égarement de son héroïne, le proposerait presque comme le moyen le plus sûr – le moins déshonorant en tout cas – d’échapper à la tranquille horreur du monde.
La presse, à la sortie du livre en France (Phébus, 1993), avait salué la découverte de Trevor romancier comme un événement (on ne connaissait de lui, alors, que quelques nouvelles) : « L’un des plus grands écrivains de l’Irlande contemporaine donne ici un admirable roman sur l’amour et la solitude… Que dire de ce livre sinon qu’il est un chef-d’œuvre comme il ne s’en trouve pas deux de la sorte dans une année ? » Michel Crepu (La Croix) »